Désordres ordinaires & des vies synthétiques

Nouvelles bêtes et gentilles

Sébastien Stéphane MASNADA

2005

 

1 : L’envers du décor
2 : Les vertus du temps
3 : Innocentes mélancolies
4 : La vie en questions, la mort en réponse
5 : Vies synthétiques
6 : Seuls les yeux ont encore leurs maux à dire

7 : Le pardon de la vieillesse
8 : Désordres ordinaires
9 : L’ultime bourreau
10 : Le sort des autres
11 : Le réveil du sourd
12 : L’imbécile querelle

 

 

 

1

L ́ENVERS DU DÉCOR

Jans – 53 ans – Mars 1997

(Ce texte se lit dans les deux sens)

Pourtant, qui pourrait nous assurer que c’était bien là son dernier acte ?
Cet homme allait fuir sa vie dans une course contre la mort; dévalant quatre à quatre les escaliers de l’infortune avec une seule idée en tête.
Un soir de brouillard, par un janvier glacé, ce gardien de la paix était devenu un énième combattant clandestin.
L’envers de son décor avait prodigieusement changé.
Autrefois probe, il serrait aujourd’hui sa boîte à maux chevelue, à deux mains, afin de ne pas hériter d’une basse dépression.
La condensation suintait de ses pores à l’instar d’une cafetière mal embouchée.
Il avait prit la peine de refermer son sac et de loger l’arme à réaction, un temps, sur sa tempe.
De plus en plus cruel.

Il se voyait l’exécuter avec ce détachement pénible qui caractérise les plus bornés…
Elle allait pousser un large cri; perforant les murs cartonnés de cet habitacle peu fréquentable. Lui, comme un aimant dépolarisé, allait écorner les oreilles de l’amante vulnérable en paroles désobligeantes.
Elle, bafouillait ses souffrances, en mettant les mains en évidence comme pour parer à l’éventualité d’un soufflet mal placé.
L’homme se tenait devant sa proie comme un piquet vermoulu.
Il venait de lui vider son sac

Terni, il joua son air crédule, teinté de lâcheté.
La jeune et, semble-t-il, jolie héroïne se fixa un point d’ancrage dans la pièce marine pour s’affranchir de ses fugaces contrariétés.
Ses yeux vides et impressionnés continuant leur manège désenchanté autour de cette nébulosité tamisée.
Puis, d’un bond, elle se releva du trône et chassa ses mauvais esprits dans l’évidoir caverneux. Enveloppée dans une robe, forcément éclatante, sa chair emprisonnée lui joua encore des mauvais tours empoisonnés.
Son visage, touchant à souhait, subissait les assauts forcés de cette violence répétée.
Pourtant, il l’aimait.
La belle rongeait, par principe, le reste des ongles qui ornaient ses doigts de faïence.
L’homme malhabile regardait la douce du coin de l’œil, une fois l’accès au bain profané.

De plus en plus féroce.
Son ardeur aussi.
Son pouls s’accéléra.
Il renversa son café froid de la veille sur la table du salon, aussi basse que son estime et retrouva la balle dans sa selle de bains.

Il était redevenu ce molosse haineux assaillit par l’inconstance.
Crachant son dégoût au nez et à la face du silence.
L ́agent haussa sa note d’un demi-ton et laissa sa fierté mal ordonnée reprendre sa fonction dans cette affaire de coeur démantelé.

N’avait-il pas déjà fait la moitié du sale boulot ?
L’animal reprenait du poil de la bêtise.
Il sécha le semblant de larmes qui venaient, ici et là, dégraisser ce visage boursouflé.

D’un geste sûr, l’homme referma ensuite la porte dans son écrin de velours.
Il posa, en préambule, son sac dans le réceptacle de l’entrée.
L’une de ses clefs perfora sans difficulté le loquet et libéra la lumière du séjour.
Le trousseau allait être utile une dernière fois.
L ́homme, déterminé, se trouvait devant chez elle.
Avec une seule idée en tête.

 

(Ce texte peut se lire dans les deux sens)


 

 

 

 

2

LES VERTUS DU TEMPS

Journal de Frida – 31 ans – Juin 2014

Prologue-

Barby remonte ses guêtres luminescentes avec un savoir-faire ordinaire dans la nuit quelconque de cette rue nébuleuse. Sa bouche peinte en évidence étale sa pénible activité et ses talons hauts rythment un état lent. Dans le même temps, un observateur enraciné choisi de remonter la vitre de sa voiture ; histoire de cacher son faciès, coutumier du fait…

Introduction-

Le coupé antique, rangé entre deux arbres centenaires, fait vrombir son moteur.
Barby s’approche du touriste asexué et tend, silencieuse, une note avec deux zéros griffonnés. A travers sa vitre, ce dernier sent monter en lui l’incontrôlable sentiment de culpabilité. Enchaîné au volant et poussé par l’unique appétence congénitale, il accélère soudainement son « file au vent » bruyant et décide, d’un trait, de réexpédier son attelage…
Il écrase son mégot d’un geste sûr puis exhorte les aiguilles de son intérieur cuir à intensifier leur cadence…
La route sinueuse délivre les penchants matériels de Monsieur et bloque ses élans d’imposture matrimoniale. Ses pensées perdent la raison. La peur assaille son être et force son avoir à reculer.
Après quelques kilomètres avalés, l’homme apaisé regagne finalement son domicile conjugal. Il essaye par tous les artifices d’évacuer la frivole attraction de son esprit. Une fois arrivé devant son foyer, la honte enflamme bientôt l’encéphale de l’émacié.
Il s’arrête devant cette porte aussi sombre que son regard et semble hésiter à en libérer la serrure…

Analyse-

Lorsque le bougre franchirait ce seuil d’entré, Madame attendrait, sans doute et sans autre occupation, l’une de ses glorieuses explications.
Elle écouterait une fois de plus la décharge peu modifiée de Monsieur.
L ́absence de gouttes sur la bouille ramollie du sujet témoignerait d’une parfaite maîtrise de la situation. Le ver irait, comme il se doit, embrasser son fiston endormi dans sa chambre et lui souhaiterait en silence la meilleure des nuits.

Il se rendrait ensuite dans la salle de soins où il prendrait la fameuse douche consolatrice. Puis, il filerait se préparer un mets aromatisé dans son garde-manger.
Enfin, sa belle le rejoindrait dans le salon «déromantisé»…
et ils parleraient, sans doute, de cette charmante nuit…

Développement-

Une fois ranimé, l’efflanqué loge la clef dans son trou et pousse prudemment la porte d’entrée… Le ver semble décidé à s ́introduire. Il passe son intérieur dans cette demeure ardente tout en luttant contre sa propre consumation. Il découvre assez vite, accrochée sur le miroir de l’entrée, une autre note griffonnée. Profil bas. Il tient peut-être dans ses mains l’objet de son propre délit. L’homme contemple son visage dans le révélateur de défauts et contre toute attente, un rictus se détache peu à peu de sa façade altérée…
Le rejeton avait semble-t-il flairé les délicates intentions du père. Il avait vu juste en choisissant de passer la nuit chez un camarade de classe. Le cœur du comptable ralentit un peu mais va poursuivre sa douteuse opération. Rien ne semble encore perturber son champ d’action. Aucun obstacle en vue.

Pour l’instant, le hall d’entrée est dégagé.
L ́homme semble progresser ainsi… pas à pas, vers la pièce principale.
Il tente un appel discret à l’intention de sa femme… histoire de tâter l’état du terrain…

Tiens, il range maintenant son imperméable troué dans une armoire. La réponse attendue tarde à tranquilliser ses cornets sonores. Notre berger poursuit sa campagne et se dirige maintenant vers la chambre à coucher. Il traverse la pièce principale de la résidence et va, très certainement, monter à l’étage. Oui, c’est ça… il se déplace prudemment, tel un cambrioleur aguerri… il s’arrête devant… Oh non !… Que se passe t-il ?! Sa femme est là… étendue !
Elle est à terre… comme évanouie… au pied de l’escalier !
Un filet d’écume sanguinolent coule sur son visage ! Une mare écarlate vient buter contre les chaussures cirées de l’horrifié ! Il n’ y a plus rien à faire, elle est déjà morte… il se jette sur ce corps immobile pour être au cœur du débat ! Mais c’est déjà trop tard ! C’est…
Les martèlements d’assistance sur cette frêle poitrine sont inefficaces… c’est inutile Charlie… tu ne peux plus rien ! Relève-toi !!! … relève-toi, elle est déjà morte…

Conclusion


Le chagrin inonde notre marin d ́eau douce…
Il comprend, entre deux lamentations, comment l’incident a dû se produire :
La seringue à peine défaite de son emballage est là, échouée près du corps.
Charlie ferme ses yeux et imagine sa femme dégringoler dans l’escalier du salon… puis il voit sa tête heurter la dernière marche… avec fracas…
Les empreintes dans sa chair peuvent témoigner de la violence du choc…
Il réalise qu‘elle aura essuyé une nouvelle crise. Celle-ci aura été foudroyante
Le comptable sort du domicile familier et laisse échapper ses sanglots dans le jardin.
Ses larmes lui font rouvrir les yeux… et marquent dans le même temps la fin de cette séquence prémonitoire…

Charlie se réveille au volant de sa voiture cachée entre deux arbres centenaires.
La cendre de sa cigarette entame son beau pantalon mais épargne le reste.
Engoncé dans son habitacle, il semble se soustraire aux minutes qui fuient le cadran… Sans doute piégées, elles aussi, par les vertus du temps…

Epilogue-

Barby abaisse ses guêtres luminescentes avec un savoir-faire particulier dans la nuit quelconque de cette rue nébuleuse. Sa bouche peinte en évidence étale sa pénible activité et ses talents bas rythment un état long. Dans le même temps, un observateur enraciné choisi de descendre la vitre de sa voiture ; histoire d’exhiber son faciès, coutumier du fait…

 


3

Innocentes mélancolies

Rapport de Luis – 42 ans – Mars 2006

Deux mots.
Deux mots ont suffi pour accorder une issue moins pathétique à cet insensé procès… sept mois d’instruction judiciaire ont suffi pour démanteler une carcasse de quarante ans d’âge incisant au passage sa maigre portion d’âme.

Des années me resteront encore pour évacuer par les pores cette honte légitime qui s’est octroyée le monopole de mon corps. Je suis véreux comme une pomme flétrie dont la visite d’un ver peu luisant viendrait lui rappeler qu’elle est devenue inutile. Mon ver est mon regret. Frustré de n’avoir pu dire non.
Je rêve d’une délivrance, d’un recours ou d’une seconde chance mais je me réveille toujours la tête coincée entre mes deux oreillers que je garde encore jumelés pour me souvenir d’un autre temps. D’un temps où je pouvais encore me regarder dans un miroir sans en faire mon propre délit de faciès. Celui où je pouvais encore effacer d’un revers d’esprit mes erreurs juvéniles. Le temps où Déborah pouvait encore me dévisager tendrement et y déceler une infinitésimal part d’humanité. J’entends encore résonner ses mises en garde au sujet du Centre. Je me revois lui verser des discours juteux, dénués d’à propos et noyés de suffisance. J’ai perdu la tête et le tronc en est désormais décharné ; délesté d’un poids et de toute la légèreté qui l’accompagnait. Je souhaite, par ces révélations, expliquer mon geste afin d’apporter un semblant d’éclaircissement à cette déraison collective dont nous avons fait l’objet.

Je n’ai été que l’un des derniers maillons de cette odieuse machination, cependant je me sens autant responsable que les initiateurs de ce plan.
Je suis le professeur Luis Markal et je vous demande pardon…

 

 

Vous voulez terminer la lecture « d’innocentes mélancolies » et découvrir mes autres nouvelles ? Merci beaucoup pour votre intérêt ! N’hésitez pas à m’écrire et à vous abonner 😉

Sébastien M.

Publié par L'Atelier du Film, le blog

Professionnel de l'image et du son depuis 2001, je propose des contenus audiovisuels dans les secteurs institutionnel, corporate et événementiel.

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